L’African jazzy-soul – « Je chante pour soigner les âmes »

Chaque fois qu’elle entre en scène, Gasandji impose d’emblée classe, empathie, finesse. A ses côtés une batterie augmentée de percussions africaines, une guitare acoustique et une flûte sont à l’écoute, attentives, toujours prêtes à la suivre dans l’évocation de ses mondes, des plus intimes aux plus festifs. Gasandji c’est une voix, un style (le crâne rasé, coiffé d’une seule natte), un esprit.

De MC Solaar à Lokua Kanza

Née en République Démocratique du Congo, fille d’un ingénieur et d’une mère trop tôt disparue, Gasandji est l’aînée d’une grande fratrie. Rêveuse, imaginative au sein d’une famille qui privilégie les études, elle est envoyée en France à 14 ans en internat. Très vite, elle profite de son temps libre pour s’intéresser aux arts, en particulier à la danse hip hop. Entreprenante, elle monte sa propre troupe, Hip Hop Attitude. Nous sommes dans les années 90. Elle côtoie MC Solaar, IAM. Dans la foulée, elle se met à la musique, tendance soul à l’image des idoles d’alors qui sont Erikah Badu, Lauryn Hill. A l’aube des années 2000, elle prend des cours de jazz à l’école ATLA de Paris, s’inscrit dans une chorale de gospel. Son projet musical se consolide, elle rencontre Lokua Kanza qui devient un mentor. Un premier album est enregistré en 2006, qui ne verra finalement le jour que sous forme digitale.

Celle qui éveille les consciences

Déception, doute, Gasandji se retire, réfléchit, veut comprendre pourquoi elle a en elle ce besoin irrépressible de chanter. Après la tempête, le calme. « J’ai réalisé que j’avais une mission à travers  mon art. Trouver cette voie m’a permis de trouver mes voix. J’ai ainsi pu dépasser le format vocal pour donner une dimension spirituelle et sociale à mon art ». Gasandji n’est pas un nom anodin. Hérité de son arrière-arrière grand-mère, il signifie, « celle qui éveille les consciences » en langue Pendé. Gasandji réalise qu’elle a besoin de partager cette identité. Dans sa retraite, elle note des bribes de chansons sur des bouts de papier. Elle est alors à cent lieues d’imaginer faire un disque. Mais elle fait des rencontres : l’arrangeur Jean Mba, puis les musiciens Jean-Philippe Dary, Hervé Samb ou Julien Tekeyan. Elle se rend compte que son projet plaît. Peu à peu « Gasandji », album éponyme, prend forme : onze chansons « nées comme des fleurs dans le désert ». Onze chansons que l’artiste ne cherche pas à expliciter outre mesure. « Je raconte des histoires et, quand je les donne au public, elles deviennent les leurs.»

Une vision

De l’adolescente de 14 ans qui débarquait de son Afrique natale, avec trois cassettes dérobées à son père (Georges Moustaki, Otis Redding et une compilation de rumba congolaise), est née une grande artiste. S’immergeant dans les musiques traditionnelles congolaises, mais aussi dans le jazz, la chanson, la musique classique, elle se fraie son chemin, personnel et original. En lingala, en français ou en anglais. « Mon premier instrument c’est mon corps. Ma musique parle au cœur, mais passe d’abord par les pieds. »

En 2010, alors qu’aucun disque n’est encore sorti, elle enflamme les Francofolies de la Rochelle en une seule chanson, « Maman ne m’a pas dit », reprise à l’unisson par plusieurs milliers de spectateurs transis. L’année suivante, elle est au Womad en Angleterre. Son disque est prêt, dans ses valises.

L’envol

Il faudra encore attendre deux ans et la rencontre avec le directeur du label Plus Loin Music, Yann Martin, pour que Gasandji voie enfin son disque paraître courant 2013. Depuis, les encouragements des professionnels se multiplient : album Coup de Cœur  de l’Académie Charles Cros, Talent Edition RFI…

En 2014, Gasandji est à l’affiche des festivals européens qui comptent: le Cully Jazz Festival (Suisse) l’Africa Festival de Wuzburg (Allemagne). Et déjà la chanteuse a des projets plein la tête. Elle invite des artistes qui l’inspirent à réinterpréter en duo des morceaux de son disque. « Cet album est un premier pas. J’aimerais travailler avec un maximum de personnes, trouver mon son, me mettre en danger, aller plus loin. »

« Rêvez ! Enfants du Monde » est une autre facette du travail de cette artiste, décidément pas comme les autres. Passeuse d’espoir, Gasandji est aussi femme et mère. Dans une société où les modèles sont en perdition, elle considère que l’éducation est l’arme absolue. Elle décide de s’engager auprès de cette jeunesse pour la pousser à continuer d’évoluer. «J’ai cette chance de pouvoir ouvrir un dialogue à travers la musique, de dire à tous ces jeunes que ce sont des personnes de valeurs et que tous leurs rêves sont possibles ». Ateliers, rencontres dans les écoles, concerts avec des enfants, Gasandji est toujours prête à partager les thèmes qui lui sont chers aux quatre coins du monde.